De la difficulté de publier/développer pour Android

Android On se pose souvent la question de savoir comment atteindre nos lecteurs sur tablettes et smartphones. La question de publier sur de multiple plateformes (Apple iOS, Google Android, Amazon Kindle Fire, Microsoft Windows RT…) est cruciale, puisqu’elle incombe une nette augmentation du coût de production de ladite publication/application. Tant que l’ePub n’est pas ce qu’il promet d’être (avec l’ePub 3), j’écarte cette option en me concentrant sur la publication enrichie en tant qu’application.

Je sais que mon discours peut me faire passer pour étant tout acquis à la cause d’Apple, mais malheureusement, ce ne sont que des faits qui freinent l’expansion du système et la création de bon contenu.

L’augmentation des parts de marché d’Android

Sortir une publication enrichie sur iPad est un choix facile : il touche toutes les tranches d’âge et reste la tablette la plus vendue en France et dans le monde entier (et pour cause, pas grand chose ne tient la comparaison pour le moment, mais j’y reviens). Sortir sur Android est à envisager aux vues des augmentations des ventes. Sauf que ces augmentations ne sont pas aussi simples à interpréter.

Parts de marché Tablettes mi et fin 2012

À première vue, les chiffres d’Android explosent en six mois et l’on peut même parler de raz-de-marée. En fait, l’élément qui nous manque est la part de marché du Kindle Fire qui a explosé (22% du marché américain). D’ailleurs, le groupe Condé Nast USA a annoncé sortir tous ses magazines enrichis (déjà présents sur iOS) sur Kindle Fire, grillant la priorité à Android. Si j’ajuste le schéma des parts de marché avec la donnée Amazon, voici ce que ça donne…

Parts de marché Tablettes fin 2012 Kindle inclus

Ça change tout de suite de perspective et l’augmentation des ventes de tablettes sous Android n’a pas tant évoluée que cela (de 23 à 28% sur 6 mois). On constate tout de même un recul des iPads qui s’explique par le boum des tablettes 7 pouces (Google Nexus 7 en tête) et par le léger retard qu’a pris Apple pour sortir l’iPad mini, ainsi que son approvisionnement qui a été un peu chaotique. Les rumeurs de sortie de ce dernier, ainsi que d’une quatrième version de l’iPad 10″, ont fait qu’un acheteur averti a repoussé son achat de tablette pommée. Les analystes le savent bien et parlent d’une remonté de la part de l’iPad à 60/65% au premier trimestre.

La fragmentation des versions d’Android

S’il y a bien une chose que Google souhaiterait gommer, c’est la fragmentation des versions de son système dans les divers périphériques disponibles sur le marché.

Chaque constructeur de tablettes peut installer Android comme bon lui semble dans ses produits. Pire que cela, il peut installer la version qu’il souhaite d’Android. Vous pouvez donc, en tant qu’utilisateur, acheter une tablette toute neuve qui aura une vieille version d’Android. Vous pouvez même acheter une tablette qui n’aura pas la possibilité technique d’être mise à jour ; vous serez donc contraint d’acheter plus vite une nouvelle tablette. Normal pour un constructeur de matériel de pousser à l’achat et de forcer encore plus l’obsolescence programmée…

Cette liberté laissée aux constructeurs provoque une fragmentation des versions d’Android qui a du mal à se combler et qui a à peine évoluer en six mois (voir-ci-dessous).

Répartition versions Android début 2013

C’est à dire que si vous voulez développer une application/publication pour Android, il va falloir faire des choix : viser large et se couper d’évolutions techniques majeures dans le système (la meilleure gestion du HTML5 pour n’en citer qu’une…) ou viser les systèmes récents et se couper de deux tiers des utilisateurs potentiels.

Pour bien se rendre compte de la différence au niveau des iPads, voici la répartition des versions d’iOS à l’heure actuelle…

Répartition versions iOS début 2013

On peut facilement se couper des anciennes versions d’iOS et toujours couvrir une grosse majorité des utilisateurs.

C’est une grosse difficulté aussi pour faire une app/publication compatible avec la majorité des tablettes. On se retrouve un peu comme dans le monde des PC où l’on ne peut jamais être certain que notre logiciel fonctionne sur toutes les configurations. C’est sans compter le fait que chaque constructeur peut modifier et arranger Android à sa sauce, ce qui multiplie encore plus les comportements de chaque type de tablette. On se retrouve alors face à un dilemme : impossible de savoir si ce que l’on produit fonctionne partout.

Le piratage, le vol d’applications et les malwares

Cela dit, on peut quand même avoir envie/besoin de développer pour Android. Certains préfèreront même parce que Google leur apporte tout ce qu’ils critiquent à l’écosystème fermé d’Apple. Soit. Mais il ne faut pas ignorer un phénomène rare sur iOS : le piratage.

Si je souhaite installer des applications piratées sur iOS, il faut que je fasse la démarche de libérer mon iPhone ou iPad par un jailbreak. Je suis alors déjà dans une démarche de piratage.

Avec Android, ça ne se passe pas comme cela. Comme il n’y a aucune validation des applications et comme n’importe qui peut vendre des applications pour Android (Samsung le fait, Amazon aussi…), vous pouvez acheter une application piratée sans même le savoir.

Pire que cela, un développeur peut être confronté à un problème qui est le vol de son code. En résumé, un pirate décompacte l’application, change quelques éléments à l’intérieur (comme l’icone, le nom…) et la recompile pour la revendre ailleurs ou même sur le magasin officiel de Google. C’est ce qui est arrivé à ce développeur [EN] voyant les ventes de son jeu baisser alors que les connexions sur son serveur continuaient d’augmenter…

C’est sans compter les malwares (logiciels malintentionnés) : chevaux de Troie, virus, etc. Comme il n’y a aucune validation de la part de Google, n’importe qui peut publier n’importe quoi. Et il ne sera pas compliquer à un hacker de fabriquer une app qui pille votre carnet d’adresse et vos mots de passe… [lire ici et ici]

J’avais lu quelque part que Google ne parvenait qu’à localiser et supprimer qu’un tiers des malwares existants (je ne retrouve pas la source, donc à mettre au conditionnel).

Pouvoir d’achats

Un autre point est qu’un acheteur d’appareils iOS (iPhone, iPad…) a généralement un pouvoir d’achats plus élevé qu’un acheteur Android, donc qu’il dépense plus en contenu. Je sais bien qu’il y a des exceptions dans les deux camps, mais les chiffres ne trompent pas : un possesseur d’iPad ou d’iPhone télécharge plus de deux fois plus d’apps que son égal androidien et il aura environ 40% d’apps payantes alors que l’utilisateur Android n’en aura que 10%…

Si on veux faire un peu d’argent sur les périphériques mobiles, on sait vers quelle plateforme on va publier. D’ailleurs, The New Web a décidé d’arrêter la version Android de son magazine enrichi car le surcoût en plus de la version iPad n’était pas compensé par les téléchargements (1 téléchargement Android pour 80 téléchargements iOS).

Ce n’est pas la taille qui compte

Un dernier détail amusant navrant est la taille et la proportion des écrans. Sur iPad, rien de plus simple, il existe deux tailles : 1 024×768 pixels (iPad 1, 2 et mini) et 2 048×1 536 pixels (iPad Retina, soit le double) ; les deux ont les mêmes proportions (4/3) et ce qui fonctionne sur l’un, fonctionne sur l’autre et vice versa.

Sur Android, on risque de rencontrer un peu de tout : 1 024×600, 1 024×768, 1 280×768, 1 366×768, 1 280×800, 1 600×900, 1 920×1 080, 1 920×1 200, 2 048×1 536, 2 560×1 600, etc… En résumé, des 16/9, des 16/10, des 4/3, des 3/2… Facile pour développer des apps toutes ces proportions différentes…

Développement spécifique ou adaptation malheureuse ?

Pour conclure, une application iOS est généralement taillée pour le périphérique ; un comparatif étonnant est d’ouvrir les applications Yelp, Vimeo ou TripAdvisor sur iPad et sur Android (surtout iPad mini et Nexus 7, son rival). Généralement la version Android n’est qu’une version smartphone étirée pour remplir l’écran, alors que la version iPad sera adaptée de bout en bout.

En regardant tous les points abordés ci-dessus, on ne se demande plus vraiment pourquoi les développeurs ne font pas autant d’efforts sur Android que sur iOS et pourquoi ça dure…

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