Être présent sur tablette

Avec l’avènement en seulement 2 ans des tablettes (on ne peut pas dire que les tablettes PC sorties depuis 10 ans aient vraiment décollé…), beaucoup se demandent comment être présent sur ces nouveaux supports.

L’édition, la presse, les institutions, cherchent le meilleur moyen de proposer du contenu, mais les diverses choix et le coût de chacun les perdent un peu.

Ces publications existent généralement déjà en version papier ; la question se pose donc pour leur adaptation au format « tablettes » (si seulement il n’y avait qu’un format…).

Développer son app ou le puits sans fond

Faire du développement personnalisé, en interne ou externe peut s’avérer payant (dans tous les sens du terme…), mais la conception, comme la réalisation technique sont hors des mains des designers. La qualité graphique et les interactivités dépendront uniquement du talent de vos développeurs. Dans le meilleur des cas, vous arriverez à la qualité d’un Katachi, au pire… vous choisirez de ne pas sortir votre application.

On préférera généralement se tourner vers des solutions basées sur nos outils de création habituelle (InDesign, QuarkXPress…) développées ci-dessous.

L’éternel PDF ou le miroir aux alouettes

Le premier réflexe est de penser PDF. Et c’est bien normal, ce format fourre-tout a en 15 ans pris pas mal de place dans nos flux de production.

Encore plus aujourd’hui où l’on sait y insérer des animations, des vidéos et des objets 3D… sauf que la couche d’interaction ne fonctionne pas avec les lecteurs par défaut fournis dans nos tablettes. Pire, l’application officielle Adobe Reader ne gère pas (encore) ces interactions. Pas même les boutons pour changer de page !

Il faut dépenser quelques euros pour un lecteur (presque) complet de PDF qui permettra de remplir des formulaires et d’avoir des boutons qui fonctionnent, mais certaines fonctions resteront malgré tout muettes. Impensable de devoir faire télécharger une application particulière à quelqu’un pour lire votre PDF et les quelques liens ou interactions qui s’y trouvent.

Du coup, il faut l’encapsuler dans une application qui gèrera la surcouche d’interactions maison qui n’auront plus rien à voir avec votre PDF original et ne sera surtout pas générée depuis votre logiciel de mise en pages, avec des intervenants qui vous feront payer à prix d’or cette surcouche…

On perd finalement tout l’intérêt du PDF avec sa souplesse et sa facilité de création. Surtout qu’il sera assez dur de sécuriser tout cela pour éviter que le PDF soit partagé librement après achat.

L’ePub et la promesse d’un monde meilleur

Le livre électronique (ePub pour electronic publication) est en plein éveil. Les Kindle, Kobo et autres liseuses séduisent par leur bas prix et leur rendu. l’iPad et l’iPhone misent eux aussi grandement sur ce format avec l’application iBooks.

Seulement l’ePub n’est pas pour tout le monde.

Un roman, un guide touristique, un tutoriel ou tout ce qui n’a pas besoin de réel mise en pages sera parfait pour faire un ePub. Même avec quelques images par-ci, par-là. L’ePub sera léger, multiplateforme et souple pour l’utilisateur.

Mais en bavant devant des ePubs comme celui des Beatles (lien iTunes), on se prend à rêver de livres numériques interactifs, avec animations, liens, diaporamas, vidéos, etc. Sauf que cette belle promesse (nommée ePub 3) repose sur le HTML5 qui, comme je l’expliquais, ne sera pas entériné avant quelques mois/années/millénaires. On assiste donc à la naissance de formats ePub 3 bâtards en attendant que ses spécifications soient validées : les iBooks d’Apple ou le format Mobi 8 pour le Kindle Fire d’Amazon en sont de bons exemples.

Idem pour la sécurisation de notre ePub. Pour être sûr qu’on ne distribue pas notre publication sous le manteau, il vaut mieux passer par l’iBookstore (Apple) ou le Kindle Store (Amazon) pour sécuriser le processus, plutôt que tenter de le sécuriser soit même au risque de le rendre illisible sur la plupart des liseuses…

La publication numérique ou le piège à guêpes

Reste donc la publication numérique, dans le sens publication adaptée à la tablette, avec InDesign et des modules externes comme Adobe DPS, Aquafadas AVE, Bonnier Mag+, PressRun, Twixl, etc.

Le problème de cette solution est qu’elle est coûteuse. Même pour faire une publication gratuite, il faudra au minimum investir entre 300 et 600 €ht selon la solution choisie. Y trouver un modèle économique est un défi en soi pour les petites maisons d’édition ou les indépendants. Un i-Mad (Madame Le Figaro sur iPad et tablettes Android) n’aura aucun mal à dénicher un annonceur prêt à financer le coût de l’application (un Dior ou un Chanel sont heureux de pouvoir déposer leur empreinte sur un numéro entier), mais un collectif d’auteurs ou d’artistes devra se cotiser pour l’investissement premier…

Ensuite il y a la problématique du temps de réalisation. Autant pour le PDF ou l’ePub, l’export depuis InDesign est relativement simple, mais pour la publication numérique, il faut tout remaquetter. Bien sûr il y a des astuces pour minimiser le temps de travail, mais il faudra quand même refaire la maquette pour l’adapter au nouveau format. C’est donc du temps en plus, donc de l’argent en plus.

Souvent, les « hautes instances » pensent, à tort, que leurs équipes peuvent gérer les deux : le papier et la tablette. Mais les maquettistes bicéphales n’existent pas vraiment, et il n’y a que dans certains cas que cela fonctionnera (Le Point en est la preuve, mais la maquette tablette est largement simplifiée). C’était la même idée de départ pour l’assaut d’internet : on pensait avoir des hommes à tout faire, qui s’occuperaient du papier et du site. On s’est aperçu avec le temps que c’était une erreur. Même les rédacteurs n’écrivent pas de la même façon pour le papier et pour le web. Il en va de même pour les tablettes à mon goût. Un hors-série Géo sur Louis XIV de 150 pages ne sera pas transposable sur tablette à moins d’y couper quelques articles ou de remplacer certains sujets par des infographies ou des vidéos.

Côté sécurisation, pas de problème, notre publication étant encapsulée dans une application avec les spécifications et à destination de l’AppStore ou de GooglePlay (ou autres tablettes — insignifiantes en terme de parts de marché —). Vu ce que l’on paie, c’est la moindre des choses !

En conclusion

Il n’y a aucune évidence dans le choix final. Ce médium en plein développement nous ramène il y a plus de 15 ans en arrière lorsque les choix au niveau du web n’avaient rien de limpides non plus. On a l’impression de nager en eaux troubles et qu’on ne sait pas bien où l’on va. Quelque soit la voix choisie, il faudra de toute façon réviser son jugement régulièrement et les changements de cap risquent d’être monnaie courante.

À dans quelques mois pour voir comment mon point de vue a évolué.

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